Jace x « Tous EN100BLE pour l’hôpital »
Habitué à intervenir dans des établissements hospitaliers depuis des années sans jamais vraiment le revendiquer, Jace rejoint aujourd’hui « Tous EN100BLE pour l’hôpital » avec la même discrétion.
Il n’avait jamais pris le temps de compter, ni même réellement de mesurer la régularité de ses interventions dans les hôpitaux. Et pourtant, de La Réunion à la métropole, des services pédiatriques aux couloirs de soins, ses Gouzous accompagnent depuis longtemps celles et ceux qui traversent des moments difficiles. Sa participation à « Tous EN100BLE pour l’hôpital », porté par Rudy Kosciuszko, ne relève donc ni d’une première, ni d’un hasard, mais d’un certain engagement, celui d’un artiste qui, sans bruit, utilise son art afin de rendre l’hôpital un peu moins dur à vivre, pour les patients comme pour les soignants. Ses Gouzous y adoptent une toute autre posture : ils accompagnent, font sourire, offrant quelques instants d’évasion.
Tu es souvent intervenu bénévolement dans des établissements hospitaliers…
Pour être tout à fait honnête, je ne m’en étais pas réellement rendu compte… C’est Rudy Kosciuszko de HospiArt qui me l’a fait remarquer. Et effectivement, je suis intervenu dans plusieurs établissements hospitaliers [rire], que ce soit à La Réunion, en métropole…, mais comme je l’ai fait ailleurs, dans les prisons par exemple.
Soutenir l’hôpital prend-il pour toi un sens particulier ?
J’ai subi quelques opérations, heureusement bénignes, tout comme ma fille. Un jour ou l’autre, nous sommes tous confrontés à l’hôpital. Ce n’est pas un lieu très joyeux, ni très accueillant et l’on n’y passe pas toujours de bons moments. Alors si, en tant qu’artiste, à travers la couleur et l’expression, nous pouvons y apporter un peu de gaieté, rendre ces moments un peu moins difficiles pour les patients, les familles et le personnel qui y travaille chaque jour, c’est une bonne chose.
Qu’est-ce que l’hôpital change dans ta manière de peindre, par rapport à l’espace public habituel ?
Ce qui change, ce sont d’abord les contraintes techniques. La plupart du temps, surtout en intérieur, je ne peux pas intervenir à la bombe, ce qui m’oblige à utiliser d’autres moyens, d’autres « artifices ». Surtout, j’essaie de m’adapter au service dans lequel j’interviens, comme la pédiatrie par exemple, et au public concerné. Le travail tout comme la proposition en dépendent directement.
Tes gouzous semblent y prendre une fonction différente : moins dans la satire, davantage dans la présence…
Effectivement, une présence pour offrir un moment d’évasion. L’idée n’est pas de susciter la réflexion des personnes hospitalisées ou de leurs proches ! Tous traversent déjà des moments suffisamment difficiles. Les fresques doivent donc rester légères… En pédiatrie surtout, il faut faire rire les gamins avec quelque chose d’un peu absurde, doux et gentillet.
Beaucoup de tes interventions hospitalières ne sont ni médiatisées ni documentées. Est-ce un choix ? Une forme d’engagement discret ?
Aujourd’hui, avec les réseaux sociaux, quoi que tu fasses, quelle que soit la cause que tu soutiens, tu es vite moqué, jugé, critiqué, incompris. Même pour la plus belle action humanitaire, il y aura toujours quelqu’un pour remettre en question tes intentions. Alors, parfois, mieux vaut rester discret, la jouer fine et s’engager sans rendre cet engagement public. Pour autant, je voudrais souligner qu’il y a aussi une réalité très simple : plus tu t’impliques dans des projets caritatifs, plus tu es sollicité. Or, ayant certaines obligations – mon travail, ma famille… –, je ne peux hélas pas toujours répondre favorablement. Je le fais dès que je le peux et lorsque cela a du sens. Certains ne le comprennent pas… Alors, rester discret évite ce genre de retours.
As-tu une idée du nombre de tes interventions dans les établissements hospitaliers ?
Pas du tout ! Cela fait 37 ans que je peins et la mémoire commence à me faire défaut [rire]… Je dirais peut-être une quinzaine : les deux hôpitaux de La Réunion, à Saint-Denis et à Saint-Pierre ; l’hôpital Monod au Havre ; le CHRU de Nancy ; l’hôpital de la Timone à Marseille, l’hôpital d’Enfants Margency, Necker…
Alors pourquoi as-tu accepté de participer au projet « Tous EN100BLE pour l’hôpital » ?
Parce que Rudy m’a travaillé au corps [rire]… J’ai été sensible à l’intention autant qu’à l’énergie qu’il met dans ce projet qu’il porte à bout de bras depuis des mois, peut-être même des années, au moins dans sa tête. Des sollicitations comme celle-ci, j’en reçois toutes les semaines et, souvent, je botte en touche. Mais face à un tel engagement, il faut savoir dire oui et donner de soi. Rudy, je l’ai senti sincère, honnête, réellement concerné par l’hôpital puisqu’il y travaille. C’est précisément ce qui m’a convaincu. En cela, il me rappelle Jo Little, ancien infirmier au service pédiatrique, qui a invité les artistes à peindre les sous-sols de l’hôpital Necker qui mènent aux blocs opératoires. Des personnes comme Rudy, qui portent de beaux projets comme « Tous EN100BLE pour l’hôpital », sont essentielles.
Le support et sa surface en Acrovyn vous ont-ils inspiré ? Posé des défis particuliers ?
J’ai trouvé intéressant de recycler ce plafond hospitalier voué à être jeté. Et le fait que tous les artistes interviennent sur cette même surface crée un lien cohérent entre les propositions. Au départ, j’ai d’abord craint que la surface soit plastifiée : l’accroche aurait été insuffisante pour que la peinture tienne. Finalement, en travaillant à l’acrylique, au pinceau, ça l’a fait ! Quant au format, il ne m’a pas posé de problème : j’ai l’habitude de travailler à cette échelle.
Qu’as-tu choisi d’interpréter ?
Je suis parti d’un lit d’hôpital, qui n’a rien de réjouissant, et j’ai cherché à y injecter un peu de fun en lui ajoutant des roulettes. J’ai fait du skate pendant des années alors tout ce qui roule, tout ce qui glisse me parle forcément. Et je sais que cet imaginaire parle aussi aux gamins. Mon Gouzou a noué le drap autour de son cou comme une cape de super-héros et se sert de ce lit pour s’échapper, laissant derrière lui tout ce qui fait son quotidien : seringue, thermomètre, médicaments… Petit rebelle avec ses fesses à l’air dans cette blouse mal fermée – une situation gênante que beaucoup ont déjà vécue –, il fait tourner en bourrique les infirmières tout en restant très attachant. Si cette scène fait sourire les enfants, leurs parents et les soignants, alors l’image aura rempli son rôle.







